Comment choisir sa prévoyance TNS : la méthode complète étape par étape
Comment choisir sa prévoyance TNS : la méthode complète étape par étape
Bien choisir sa prévoyance quand on est TNS, ça ne se résume pas à comparer les cotisations mensuelles. C’est une décision structurante : une mauvaise franchise ou un plafond d’IJ trop bas, et vous vous retrouvez à puiser dans votre trésorerie dès le deuxième mois d’arrêt.
Voici la méthode que j’utilise avec mes clients. Pas de jargon inutile — des étapes dans l’ordre.
Étape 1 : Comprendre ce que votre régime obligatoire couvre déjà
Avant de souscrire quoi que ce soit, sachez ce que votre caisse vous verse en cas d’arrêt. C’est la base de tout calcul.
La réponse dépend de votre caisse d’affiliation :
- SSI (artisans/commerçants) : IJ après 3 jours, soit 50 % du revenu moyen des 3 dernières années, plafonnée à 63,52 €/jour en 2026.
- CARMF (médecins) : rien les 90 premiers jours (CPAM prend le relais depuis 2022 pour les 90 premiers jours), puis 34,67 à 136 €/jour selon votre classe.
- CARPIMKO (kinés, infirmiers, orthophonistes…) : 55,44 €/j à partir du 91e jour.
- CIPAV (architectes, consultants, ostéos…) : CPAM les 90 premiers jours, puis pratiquement rien au titre de l’invalidité.
Faites le calcul avec votre propre revenu mensuel habituel. Si vous gagnez 4 000 €/mois et que la caisse verse 55 €/j pendant l’arrêt long, vous avez un manque à combler de 2 350 €/mois minimum — hors charges fixes.
Étape 2 : Calculer votre besoin mensuel réel en cas d’arrêt
Le montant de prévoyance à souscrire doit couvrir la différence entre vos charges fixes mensuelles et ce que votre régime obligatoire verse.
Charges à lister :
| Poste | Montant mensuel |
|---|---|
| Loyer ou crédit résidence principale | … |
| Charges du cabinet (loyer, assurances pro) | … |
| Cotisations sociales obligatoires (elles continuent en arrêt) | … |
| Crédit consommation ou autres mensualités | … |
| Budget vie courante du foyer | … |
| Total charges incompressibles | = Revenu minimum à maintenir |
Soustrayez ce que votre caisse verse : la différence est le montant d’IJ complémentaire à couvrir par la prévoyance individuelle.
La plupart des indépendants que je rencontre ont besoin de 60 à 150 €/j de prévoyance complémentaire, parfois plus pour les professions à charges fixes lourdes (cabinet médical ou paramédical avec du personnel).
Étape 3 : Choisir la bonne franchise

La franchise est la durée d’arrêt pendant laquelle vous ne touchez rien — ni de la caisse, ni du contrat. Elle se choisit en fonction de votre trésorerie de précaution disponible.
Règle simple :
- Trésorerie < 2 mois de charges → franchise 15 jours ou 30 jours maximum.
- Trésorerie 2-3 mois → franchise 30 jours souvent le bon arbitrage.
- Trésorerie 3+ mois → vous pouvez envisager 60 ou 90 jours et réduire votre prime.
Une astuce que j’utilise souvent : aligner la franchise du contrat complémentaire sur le délai de carence de votre caisse obligatoire. Si la CARMF commence à verser au 91e jour, une franchise de 90 jours sur la prévoyance complémentaire garantit un relais sans rupture.
Hésitez à regarder en détail la franchise 15 ou 30 jours — le calcul de l’économie réelle sur la prime peut surprendre.
Étape 4 : Évaluer les garanties indispensables
Indemnités journalières (IJ)
C’est la garantie centrale. Vérifiez :
- Le montant journalier : est-il indexé sur votre revenu ou forfaitaire ?
- La durée de versement : jusqu’à reprise, jusqu’à un âge fixe, ou limitée dans le temps ?
- Le mi-temps thérapeutique : le contrat prend-il en charge une reprise partielle d’activité ?
Rente d’invalidité
En cas d’invalidité permanente, la rente remplace les IJ. Vérifiez le barème utilisé (croisé ou professionnel seul) et le seuil de déclenchement (33 %, 20 %, 16 % selon les contrats).
Capital décès et rentes
Si vous avez des enfants ou un conjoint qui dépend de vos revenus, calibrez le capital décès sur le nombre d’années de revenus à remplacer. Une rente éducation par enfant est souvent plus efficace qu’un capital unique.
Étape 5 : Choisir entre contrat Madelin, PER ou droit commun
Les contrats Madelin permettent de déduire les cotisations du revenu professionnel. Pour un TNS au régime réel, c’est un avantage fiscal concret qui réduit le coût net de la prévoyance.
Contrainte principale : le contrat Madelin exige une régularité des versements — vous ne pouvez pas suspendre à volonté. Si votre revenu est irrégulier, un contrat en droit commun (non Madelin) offre plus de flexibilité, au prix de l’avantage fiscal.
Étape 6 : Comparer les contrats sur les bons critères
Ne comparez pas uniquement la prime mensuelle. Les critères déterminants :
Sur le fond :
- Définition de l’incapacité : “inaptitude à exercer votre profession spécifique” ou “toute profession” ? (la première est nettement meilleure)
- Exclusions de garanties : sports, maladies préexistantes, affections psychiatriques
- Délai de carence à la souscription (souvent 1 an sur certaines garanties)
- Questionnaire médical : à remplir honnêtement — toute déclaration inexacte peut entraîner une nullité du contrat
Sur la durabilité :
- Indexation des garanties sur un indice (PMSS, inflation) ?
- Conditions de résiliation et de maintien des garanties en cas d’arrêt de paiement
- Rachat de garanties en cas de déménagement à l’étranger
Étape 7 : Comparer plusieurs devis — sans se laisser noyer
Le marché de la prévoyance TNS compte des dizaines d’acteurs : assureurs généralistes, mutuelles, institutions de prévoyance, courtiers en ligne.
Ma recommandation : comparer 3 à 4 devis avec les mêmes paramètres (mêmes garanties, même franchise, même capital décès). La différence de prime pour les mêmes garanties peut aller du simple au double entre assureurs.
Passer par un courtier indépendant spécialisé en protection sociale des TNS présente un avantage : ils ont accès à plusieurs compagnies et peuvent calibrer la comparaison sur vos besoins réels plutôt que sur un produit catalogue.
Les erreurs les plus fréquentes
Sur le terrain, j’en vois trop souvent :
Choisir la franchise la plus longue pour économiser sur la prime sans vérifier si la trésorerie suit. Résultat : puiser dans l’épargne retraite dès le premier arrêt de 2 mois.
Ne pas lire la définition de l’incapacité. Certains contrats indemnisent uniquement si vous êtes inapte à “toute profession”. Un chirurgien avec des séquelles à la main peut théoriquement “exercer une activité de bureau” — et ne touche rien.
Souscrire le minimum obligatoire de la caisse et s’arrêter là. La prévoyance obligatoire des caisses libérales est un plancher, pas un toit.
Attendre d’avoir un problème de santé pour souscrire. Avec une pathologie préexistante, vous vous heurterez à des exclusions ou des surprimes.

Résumé : la checklist avant de signer
- J’ai calculé ce que ma caisse obligatoire verse réellement en cas d’arrêt
- J’ai estimé mon besoin mensuel en IJ complémentaires
- J’ai choisi une franchise cohérente avec ma trésorerie disponible
- J’ai vérifié la définition de l’incapacité (profession spécifique ou toute profession)
- J’ai lu les principales exclusions de garanties
- J’ai comparé au moins 3 devis avec les mêmes paramètres
- J’ai vérifié si un contrat Madelin est intéressant fiscalement pour ma situation
- J’ai rempli le questionnaire médical honnêtement
Julien Vasseur
Conseiller en protection sociale des indépendants depuis 15 ans.